27 juillet 2014 webmaster

Bouvines ou la naissance de la Nation

Nous célébrons en ce dimanche 27 juillet 2014, le 800e anniversaire de la bataille de Bouvines. La glorieuse plaine du Nord n’est pas un champ de bataille comme un autre, elle représente le berceau de la Nation française. Si « la France s’est faite à coups d’épées », les lames des chevaliers de Philippe Auguste furent les premières à tailler celle qui sera plus tard la Grande Nation. Bouvines n’est pas une victoire militaire semblable aux autres, c’est un acte fondateur pour une France encore balbutiante.

Les historiens se sont souvent opposés quant il s’agissait de situer dans le temps la naissance de notre Nation. Certains, considèrent que l’idée d’une communauté de destin est née le 14 juillet 1789 au moment où les grilles de la Bastille tombaient, emportées par le souffle révolutionnaire. D’autres préfèrent voir dans la Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, la célébration de l’union des deux France, celle de l’Ancien régime et celle des Lumières. Quelques audacieux adoptent l’avènement d’Hugues Capet en 987, quand les plus téméraires remontent au baptême de Clovis, symbole du lien entre le clergé et la monarchie. Tous ces événements constitutifs du roman national ont contribué, chacun à des degrés différents, à forger la conscience patriotique du peuple français. Mais c’est à Bouvines que tout commence ce dimanche 27 juillet de l’an de grâce 1214…

Au début du 13e siècle, la France n’est pas encore la France…
La religion chrétienne et son blanc manteau d’églises constitue alors le seul élément fédérateur d’une myriade de communautés, de langues, de bourgs, de vassalités et autres seigneuries. Le pouvoir réel du roi de France ne s’étend que sur une petite part de notre hexagone moderne. Il n’est pas encore empereur en son royaume selon la formule consacrée. Le roi Philippe II que l’on appellera Auguste est confronté aux ennemis de l’intérieur avec les grands féodaux qui refusent la tutelle du Capétien et doit faire face aux périls extérieurs avec les menaçants appétits de l’Angleterre et du Saint Empire Romain Germanique.
Dans ce contexte, l’unité nationale est une utopie : les grands seigneurs négocient à loisir avec l’ennemi anglais ou germanique pour assurer leurs positions territoriales et leurs revenus. Les revirements et les trahisons vont bon train. C’est d’ailleurs un traître qui est à l’origine de la coalition formée contre le roi de France avec pour objectif, un ambitieux encerclement du domaine royal par le sud et par le nord. L’âme damnée se nomme Renaud de Dammartin, comte de Boulogne et ancien favori du monarque. Il est passé du côté anglais.
La percée méridionale du roi d’Angleterre Jean sans Terre est arrêtée par le Dauphin Louis à La Roche-au-Moine le 2 juillet. Il reste donc à Philippe Auguste à repousser l’invasion venue du nord.

Fin stratège, Philippe Auguste décide de prendre l’initiative et mène son armée dans le Nord sans attendre l’arrivée des renforts lorrains et allemands de la coalition.
A Bouvines, le royaume de France est seul et divisé contre une coalition européenne soutenue par des seigneurs « français ».
On y trouve Ferrand, comte de Flandre et vassal du roi de France, qui souhaite la restitution de Saint-Omer et d’Aire, l’empereur germanique Otton IV de Brunswick et l’armée du roi d’Angleterre Jean sans Terre désirant prendre sa revanche sur son rival français et récupérer les territoires perdus sur le continent. Le perfide Dammartin qui endosse les habits de Ganelon, apporte les mercenaires de son comté de Boulogne. S’y joignent également le duc de Lorraine, le duc de Limbourg, le comte de Hollande. Tous se sont donnés rendez-vous sur la dépouille du roi de France après une campagne qu’ils supposent rapide et victorieuse.

Dans la plaine de Bouvines, à l’est de la rivière Marque, dans l’actuel département du Nord, Philippe Auguste a choisi son terrain pour affronter les coalisés. Il dispose soigneusement ses troupes composées de 1 500 chevaliers et près de 6 000 gens de pied venus d’un certain nombre de villes et villages du Nord.
Les coalisés font face avec une légère supériorité numérique que les chroniqueurs de l’époque amplifieront. Habile politique, Philippe Auguste exclut de perdre le soutien du Saint-Siège en combattant un dimanche – jour dédié au Seigneur et non à la guerre – mais il pousse l’ennemi à l’attaquer afin de pouvoir se défendre et riposter.
L’empereur Otton, excommunié par le Pape, ne s’embarrasse pas de ces pieuses considérations et engage les hostilités. Après une mêlée indécise, les bannières fleurdelisées et l’oriflamme de Saint-Denis triomphent des étendards ennemis. Au crépuscule, les aigles germaniques et les léopards anglais jonchent la voie romaine d’Arras à Tournai.

Le succès est considérable au regard de l’important retentissement que connaît cette victoire. Il s’agit tout d’abord d’une victoire politique car Philippe Auguste prend le dessus sur ses barons et devient leur chef incontesté. La monarchie capétienne est renforcée avec notamment le rétablissement de la dépendance féodale de la Flandre – enjeu économique majeur – à l’égard du royaume de France.
Ensuite, c’est un succès qui assure à la France la sécurité et la paix à ses frontières. Les ambitions démesurées de l’empereur allemand sont contrariées et celui-ci perd sa couronne. Jean sans Terre regagne Londres et subit la fronde de la noblesse anglaise avec laquelle il devra composer en signant la Grande Charte en 1215.
Bouvines inaugure une période de grande paix relative jusqu’au début de la Guerre de Cent ans en 1337.

Mais c’est surtout et avant tout une consécration symbolique. En effet, le « miracle » de Bouvines est vécu comme une « victoire nationale » par le peuple de France qui découvre les capacités de son roi à le protéger contre les agressions extérieures. C’est la naissance du mythe du « bon roi » qui perdurera jusqu’à la décapitation de Louis XVI en 1793.
Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, des hommes si différents ont le sentiment d’appartenir à une même communauté de destin, à un seul et même peuple.
Selon la définition de Renan, « une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation ».
Dans l’insécurité permanente de l’époque féodale où les paysans souffrent des querelles seigneuriales faites de grandes chevauchées dévastatrices, le peuple se réfugie derrière l’idée de Nation – qui réside alors dans la personne du roi – la seule à même de le protéger et de lui assurer la paix et la prospérité.

800 ans après ces événements, l’idée nationale est plus que jamais d’actualité.
Dans la mondialisation triomphante, elle a retrouvé une seconde jeunesse. Après la bataille, Philippe Auguste écrit à l’Université de Paris : « Louez Dieu car nous venons d’échapper au plus grave danger qui nous ait pu menacer… »
D’autres dangers nous guettent aujourd’hui sur fond de repli communautaire, d’individualisme forcené et de mirage européiste. L’esprit de Bouvines conserve toute sa pertinence : lutter contre les féodalités et préserver l’indépendance nationale.

Le Gouvernement est coupable de vouloir réintroduire la segmentation féodale avec une réforme territoriale absurde. Pour des motifs bassement politiciens, les socialistes ont charcuté le territoire national en créant treize régions sans aucune cohérence historique, culturelle ou économique. Ces baronnies du 21e siècle seront demain les premières alliées de Bruxelles pour restreindre les pouvoirs de l’Etat. C’est un dangereux retour en arrière qui augure des conséquences incalculables pour la cohésion nationale et l’égalité entre les citoyens.
François Hollande et Manuel Valls nous préparent une France médiévale d’avant Bouvines. La « landernisation » de la France entraînera son morcellement puis sa fin en tant qu’Etat-nation. Les nouveaux seigneurs régionaux, laquais des technocrates bruxellois, n’auront de cesse d’arracher plus de pouvoir, plus d’autonomie, plus de spécificité. La France ne sera plus une et indivisible mais multiple et profondément divisée.

Seule la Nation est en capacité de défendre les Français des maux de la mondialisation, des diktats de l’Union européenne, ou des tentations communautaires. La Nation c’est une idée d’avenir pour notre pays qui doit rassembler toutes celles et tous ceux qui croient en la France.

Commémorer Bouvines ce n’est pas seulement célébrer une victoire, que des générations d’écoliers apprirent par cœur quand l’histoire de France trônait encore dans les manuels scolaires…
Commémorer Bouvines, c’est fêter la Nation, c’est défendre notre communauté nationale. Qu’est ce que la France sans les femmes et les hommes qui décident de s’associer pour la bâtir ensemble ? La Nation est le lien qui nous unit, il nous rend plus fort dans un monde hostile. Se souvenir de Bouvines c’est se rappeler qui nous sommes et d’où nous venons. Fiers de notre identité, rassemblés autour de notre drapeau, de nos valeurs et de notre histoire, nous affronterons les défis de demain.

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